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L’ISFB lance un certificat en gouvernance et gestion des risques pour administrateurs/trices de banque

L’Institut Supérieur de Formation Bancaire (ISFB) a lancé un nouveau certificat dédié à la gouvernance et à la gestion des risques, spécialement conçu pour les administrateurs d’établissements bancaires. Ce programme a débuté en mars 2026, et la prochaine session est prévue à l’automne 2026. Un rabais de 10% sur le tarif en vigueur sera appliqué pour les membres du Cercle Suisse des Administratrices


L’Institut Supérieur de Formation Bancaire entend former des administrateurs capables d’exercer leur mandat avec rigueur, indépendance et pleine conscience de leurs responsabilités, dans un secteur soumis à des exigences réglementaires croissantes et à des mutations technologiques rapides.

Pour nous parler de ce programme, Monsieur  Jean-Philippe Bernard, directeur de programme à l’ISFB, a répondu aux questions de Me Pranvera Këllezi, avocate, membre du comité du Cercle Suisse des Administratrices (CSDA) et membre de la Commission de la concurrence (COMCO/WEKO).


Diplômé de l’EPFL en analyse systémique et recherche opérationnelle, Jean-Philippe Bernard débute sa carrière dans l’optimisation des processus bancaires avant d’occuper des fonctions de direction dans une banque privée genevoise. Fondateur de plusieurs sociétés de conseil, dont BERYL Management qu’il dirige de 1999 à 2019, il a accompagné de nombreux établissements financiers en Suisse et à l’international sur les enjeux de gouvernance et de gestion des risques. Co-fondateur d’OPCIS, il développe des solutions de benchmark et de management des risques pour les banques suisses. Il a également enseigné l’organisation bancaire dans différentes institutions académiques. Il est aujourd’hui administrateur indépendant à la Banque Cantonale de Genève et président du Comité Risque et Stratégie du Conseil d’administration.

Me Pranvera Këllezi : Votre parcours d’administrateur vous a confronté à des réalités concrètes que les formations théoriques n’anticipent pas toujours. Qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur le besoin de formation continue des administrateurs, et en quoi ce programme correspond-il à votre vécu et aux besoins du terrain ?

Jean-Philippe Bernard : Une réalité s’impose rapidement : les administrateurs n’ont pas besoin de devenir des CRO en puissance. Ils doivent toutefois comprendre, de manière éclairée, ce que ces spécialistes leur présentent, afin de disposer d’un niveau minimal d’assurance sur la gestion des risques et sur le système de contrôle interne. Mon constat pratique est que les risques financiers font souvent partie du bagage des administrateurs. En revanche, d’autres natures de risques restent encore mal comprises : risques opérationnels, risques cyber, approches ALM, risques indirects et effets de second ordre. Ce sont des besoins très concrets à couvrir. L’évolution des technologies, l’introduction de l’IA et les tensions géopolitiques rendent les établissements de plus en plus exposés à ces risques. Ceux-ci ont en outre des effets indirects sur les risques financiers eux-mêmes et sur la résilience des banques.

Tout administrateur de banque est agréé par la FINMA, et le conseil d’administration dans son ensemble soumis à sa surveillance. Face à cette réalité, en quoi ce programme va-t-il plus loin qu’une formation classique en gouvernance ou qu’une expertise sectorielle pointue ?

La prise en compte du risque par la haute direction doit être globale, avec une vision à 360 degrés. Le risque se loge parfois dans certains détails. Il faut donc savoir le reconnaître, le qualifier, identifier les priorités qui découlent de la stratégie, puis décider s’il doit être accepté ou non. Une formation en gouvernance donne généralement un cadre assez large. Une expertise sectorielle, à l’inverse, peut conduire l’administrateur dans un niveau de détail trop fin. L’intérêt de ce programme se situe précisément dans cet équilibre : il apporte le regard d’administrateurs confirmés et développe ce “savoir analyser” indispensable à l’exercice du mandat.

La Circulaire FINMA sur la gouvernance d’entreprise fête ses dix ans en 2026. Elle définit le cadre dans lequel toute conseil d’administration de banque doit exercer sa fonction de surveillance, sans se substituer à la direction ni à l’audit interne qui reste son bras droit. Comment ce programme forme-t-il concrètement à cette posture d’équilibre, et comment en valide-t-il l’acquisition ?

La haute direction ne doit pas se substituer à l’exécutif. C’est un principe classique de bonne gouvernance. Elle doit en revanche disposer d’un niveau d’assurance raisonnable lui montrant que les risques sont identifiés, maîtrisés, et que le système de contrôle interne est adapté. Ce programme repose entièrement sur cette posture d’équilibre et, comme je le disais, sur le “savoir analyser”. Un minimum de connaissances reste nécessaire pour qu’un administrateur puisse apprécier correctement une situation, poser les bonnes questions et exercer son jugement. Pour atteindre cet objectif, nous faisons appel à des praticiens expérimentés, capables d’expliquer les sujets de manière pragmatique et accessible, sans tomber dans la simplification excessive. Nous mobilisons également des administrateurs habitués à cet exercice d’équilibre entre surveillance, compréhension des risques et distance vis-à-vis de l’exécutif. L’objectif du cours est triple : donner à l’administrateur les bases indispensables pour comprendre les différentes natures de risques ; lui offrir les clés nécessaires à une bonne lecture de ce qui lui est présenté par les CRO ; et développer son potentiel d’analyse critique sur des sujets qui ne constituent pas toujours son quotidien.

Les exigences réglementaires dans le domaine bancaire confèrent au conseil d’administration des responsabilités non délégables : adoption de la politique de risque et fixation de la tolérance au risque, haute surveillance de la direction, obligation de veiller à un système de contrôle interne efficace. La responsabilité d’une administratrice ne se limite pas à ce qu’on lui soumet ; elle s’étend à tout ce qu’elle aurait dû savoir et chercher à connaître. Comment ce programme forme-t-il à cette vigilance active dans un secteur aussi réglementé et complexe, confronté à des mutations technologiques rapides ?

Cette vigilance active suppose un socle de connaissances et une sensibilisation à de nombreux sujets en pleine évolution. Un administrateur doit oser poser les bonnes questions. Ce n’est pas toujours le cas, parfois par manque de repères ou par crainte d’entrer dans un domaine jugé trop technique. L’objectif du cours pourrait se résumer ainsi : donner aux administrateurs “tout ce qu’ils ont toujours voulu savoir sur les risques sans oser le demander”. L’idée n’est pas de les transformer en spécialistes techniques, mais de leur donner assez de compréhension pour exercer pleinement leur rôle de surveillance.

La Suisse abrite une palette bancaire particulièrement diverse : des banques cantonales ancrées dans leur territoire, des banques privées aux structures familiales ou partenariales, des filiales de groupes étrangers soumises à une double surveillance, ou des néobanques. Cette diversité se reflète-t-elle dans la gouvernance, et ce programme est-il adapté à toutes ces réalités ?

Oui, ce programme a été conçu pour répondre à cette diversité. Les praticiens et administrateurs qui interviennent couvrent une large palette d’établissements, de la banque de gestion aux banques cantonales, en passant par des modèles plus récents comme les néobanques. Swissquote, représentée par l’un de ses administrateurs intervenant dans la formation, illustre bien cette ouverture à des réalités bancaires différentes. Il ne faut pas oublier non plus les gestionnaires de fortune indépendants. Les administrateurs de GFI font face à des obligations et à des responsabilités croissantes. L’intensité du dispositif doit naturellement rester plus légère que dans une banque, mais la finalité demeure la même : comprendre les risques, exercer une surveillance crédible et assumer pleinement ses responsabilités.

Au sein d’un conseil d’administration dans le secteur bancaire, la maîtrise technique ne suffit pas : certaines qualités sont tout aussi déterminantes, comme le courage, l’indépendance de jugement ou l’esprit critique. En quoi ce certificat leur donne-t-il une assise concrète pour s’exercer pleinement ?

Comme je l’ai déjà écrit dans un précédent article publié sur Allnews, le courage reste déterminant. Encore faut-il être intellectuellement honnête, disposer d’un véritable esprit critique et garantir son indépendance de jugement. Ces qualités ne peuvent réellement s’exercer que si l’administrateur possède un minimum de connaissances sur le sujet et un vrai “savoir analyser” dans le domaine des risques.

Plus généralement, pour une administratrice qui souhaite construire une légitimité solide dans le secteur financier, quelle trajectoire de formation recommandez-vous et où ce certificat s’y inscrit-il ? Quels autres conseils donneriez-vous à une femme qui ambitionne un mandat dans ce secteur ?

La clé d’une légitimité solide reste l’expérience. Mais cette expérience peut naturellement être complétée par des formations pour administrateurs, qu’elles portent sur les principes de base ou sur des dimensions plus approfondies de la gouvernance. Il ne faut pas oublier non plus le partage d’expériences dans l’analyse des risques. Les situations deviennent plus difficiles à lire, et il n’existe pas de recette toute faite. Sans capacité d’analyse, l’addition peut être lourde pour les administrateurs, qui restent in fine responsables et peuvent être exposés à une procédure d’enforcement, avec des risques importants pour leur réputation personnelle. Dans ce programme, il faut aussi mentionner la possibilité d’obtenir une certification par examen à la fin du cursus. Elle reste optionnelle, mais elle peut constituer un élément déterminant pour la cooptation par les pairs, en particulier pour celles et ceux qui n’ont pas encore intégré un conseil d’administration.