ActuComité de rédaction

« Lâcher ou tenir la bride … Rôle du Conseil d’Administration » par Dominique Faesch

En cette période de déconfinement et d’incertitude, le Cercle Suisse des Administratrices propose une série d’articles et de témoignages de ses membres administratrices. Chacune nous livre, à sa manière, son point de vue sur la situation économique actuelle.

Retrouvez tous les articles de la série sur www.csda.ch/comite-de-redaction. Ces articles ne reflètent pas forcément la position du Cercle Suisse des Administratrices et n’engagent que leur auteure.

Aujourd’hui, Dominique Faesch nous propose « Lâcher ou tenir la bride … Rôle du Conseil d’Administration »

dominique faesch

 

En temps de turbulence la responsabilité du Conseil d’Administration est amplifiée. Mais qu’en est-il de son rôle dans la gestion de crise et pouvons-nous aujourd’hui tirer des conclusions quant aux secteurs où son accompagnement des équipes opérationnelles aura été le plus soutenu ?

En art équestre le succès de l’équilibre homme-cheval réside dans le fin dosage de la mise en pratique de son apprentissage par le cheval et le guidage aussi imperceptible que possible du cavalier. La similarité dans le langage m’autorise à utiliser cette métaphore pour décrire le pilotage de l’Entreprise par son organe de haute surveillance, le Conseil d’Administration.

En temps normal, et selon les secteurs d’activités, le Conseil d’Administration a pour devoir d’accompagner l’entreprise dans son développement stratégique. La responsabilité juridique, de chacun des administrateurs-trices le composant, réside dans les décisions prises en collège sur des éléments précis liés à la gouvernance de la société : l’analyse des risques, le choix des juridictions, des outils réglementaires et de leur conformité, la sélection optimale des cadres dirigeants et de leur rémunération, la communication institutionnelle et le maintien de l’équilibre financier, voir l’information au juge dès la connaissance d’un surendettement (perte surpassant le capital propre). La gouvernance bien structurée, parfaitement documentée et adroitement dirigée par un président impliqué, est propice au maintien de la bonne santé de l’entreprise, même dans un environnement relativement chahuté, entre autres, par son marché, ses concurrents, les évolutions technologiques, de nouvelles réglementations, les cyber dangers …. entre autres.

Mais quel est le rôle du Conseil dans une période de crise telle que celle dans laquelle notre économie est actuellement plongée ? Au travers des divers échanges avec nos membres et autres administrateurs nous avons constaté des variations dans leurs implications. Le souci sanitaire et la bonne santé, en priorité des collaborateurs, des clients et des fournisseurs, semblent avoir été une préoccupation principale dans la plupart des cas. Le suivi attentif de l’impact des décisions sur la trésorerie, l’équilibre financier à court et moyen terme est bien entendu resté le focus des discussions entre administrateur-trices et CEO. D’autres président-es se sont inscrits comme gardiens de la mission de l’entreprise, au-delà des projets proposés pour le court terme, (voir l’article publié par MIT Sloan Management Review https://sloanreview.mit.edu/article/the-role-of-the-board-chair-during-a-crisis/, Gilbert Probst, Michael Tushman et Achim Schmitt). La validation par le Conseil d’Administration de nombreux projets de diversification ou d’ajustement des coûts, imaginés pour sauvegarder l’entreprise en cette période à flux tendus, était souvent nécessaire dans des délais très courts, au niveau de la production ou du service pour certains, au niveau des RH, ainsi qu’au niveau financier pour d’autres voir pour tous. Dans les PME on voit quelques administrateur-trices reprendre la main sur les décisions opérationnelles, alors que d’autres se désengagent en toute confiance pour laisser la place à un management de crise. La diversité des actions indique qu’il est encore prématuré pour tirer des enseignements sectoriels précis. Ce qu’il sera intéressant d’analyser à posteriori c’est l’existence d’un engagement exemplaire, particulier à chaque secteur d’activité selon son degré d’exposition et de risque à la crise. Une observation que le Cercle Suisse des Administratrices ne manquera pas de mener dès l’automne.

Les enseignements divers pourront servir d’indicateurs et de recommandations pour de futures turbulences, quelles qu’elles soient. Mais avant tout la crise actuelle doit rappeler aux entreprises la valeur ajoutée des rôles de leur Conseil d’Administration. Bien structurer leur gouvernance est primordial pour un accompagnement à même de valider efficacement les décisions et de tirer les sonnettes d’alarme. Et pour revenir à la métaphore de départ, la confiance entre l’organe stratégique et les équipes opérationnelles bien sélectionnées et préparées, est essentielle par beau temps, mais surtout lorsque les nuages noircissent dangereusement.

© Dominique Faesch

Dominique Faesch, MBA, économiste de formation, a travaillé plus de vingt ans à l’international pour de grands groupes en hôtellerie et tourisme. En Suisse elle a enseigné à l’École hôtelière de Lausanne. En collaboration avec l’État de Vaud, au sein de l’Association régionale pour le développement du nord vaudois, elle a mis en place stratégies et gouvernance pour le financement et la régionalisation du tourisme. Elle a siégé au Conseil de l’Office du Tourisme du canton de Vaud et collaboré à sa Commission Finances. Dominique est présidente du Cercle Suisse des Administratrices depuis 2018.