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« Comment les entreprises ont-elles pu approvisionner des solutions hydro alcooliques en grande quantité ?» par Anne-Sophie Bongain

En cette période de confinement et d’incertitude, le Cercle Suisse des Administratrices propose une série d’articles et de témoignages de ses membres administratrices. Chacune nous livre, à sa manière, son point de vue sur la situation économique actuelle.

Retrouvez tous les articles de la série sur www.csda.ch/comite-de-redaction. Ces articles ne reflètent pas forcément la position du Cercle Suisse des Administratrices et n’engagent que leur auteure.

 

Aujourd’hui, Anne-Sophie Bongain nous propose « Comment les entreprises ont-elles pu approvisionner des solutions hydro alcooliques en grande quantité pour protéger leurs salariés et maintenir, au mieux, leur activité ?»

anne-sophie bongain

Afin de permettre aux industriels de fournir des solutions hydro-alcooliques aux entreprises, l’OFSP (Office Fédéral de la Santé Publique) a pris une décision de portée générale, simplifiant la mise sur le marché de produits désinfectants. Cette décision permet une modification de l’application de la loi, sur une période définie.

Devant la Pandémie de COVID-19, apparue en Chine en décembre 2019, la confédération suisse a pris une décision, le 28 février 2020, relative à l’autorisation, lors de situations exceptionnelles et selon l’art. 30 de l’ordonnance du 18 mai 2005 concernant la mise sur le marché et l’utilisation des produits biocides/désinfectants.

Ainsi, sur la base des recommandations de l’OMS (Organisation Mondiale de la santé), les produits biocides (produits capables de tuer les virus tels que le COVID-19) de type 1* selon l’annexe 10 de l’Ordonnance sur les produits biocides (OPBio), sont commercialisables jusqu’au 31 août 2020, « selon une procédure d’autorisation simplifiée »

La présente décision ne modifie aucune autre exigence relative aux autorisations de produits biocides, en dehors de cette période de gestion de crise sanitaire.

Afin de permettre la fabrication de quantité importante de solution hydro-alcoolique (environ 20 fois plus qu’en période normale, selon le Dr Didier Pittet des HUG), l’état a défini un cadre de formulation et d’étiquetage:

Les propositions de composition, se basent sur les recommandations de l’OMS, à savoir :

  • 70 à 80 % d’éthanol, ou
    60 à 80 % de 1-propanol ou
    60 à 80 % de 2-propanol ou
    60 à 80 % d’un mélange des alcools précités, et
  •  ≤ 0,5 % d’autres adjuvants tels que parfum, colorants ou glycérine, et
  •  ≤ 2 % de méthyl-éthyl-cétone, ou
  •  ≤ 5 % de 2-propanol comme agent dénaturant, et
  •  x % d’eau.

L’Étiquetage est également simplifié. L’étiquette et le mode d’emploi des désinfectants à base d’alcool doivent être uniquement pourvus des mentions suivantes, au minimum dans la langue officielle du lieu où le produit est mis sur le marché:

  • les nom et adresse du fabricant
  • le nom de toute substance active et sa concentration en unités métriques
  • le domaine d’application du désinfectant (désinfection des mains)
  • «Ne traiter que des surfaces réduites»
  •  «Utiliser une quantité suffisante afin que les surfaces traitées ou les mains restent humides pendant toute la durée d’action.»

Ainsi, en suivant ces recommandations, de nombreux fabricants ont eu la possibilité de fabriquer rapidement, et mettre sur le marché, les produits de première nécessité pour la désinfection, répondant ainsi aux besoins des entreprises.

Les industries qui fabriquent ces solutions sont celles de la pharmacie, de la parfumerie et de la cosmétique, qui utilisent leurs outils de mélange et de conditionnement, dans des zones dédiées à l’usage de l’alcool. Ces derniers se sont reconvertis temporairement. S’il est trop tôt pour savoir s’il s’agit d’une aubaine pour elles, elles ont pu démontrer leur capacité industrielle et se faire « reconnaître » pour leur action.

Pour les chefs d’entreprise, c’est un signal fort, renforçant la confiance dans l’état, qui a su proposer une modification temporaire de la loi, en simplifiant les processus par le biais de la mise en place d’un cadre, afin de répondre à l’urgence, sans pour autant remettre en question la sécurité des utilisateurs. C’est un bel exemple, à suivre, en termes de gestion de crise

* On entend par « Type de produits 1 »: les produits biocides destinés à l’hygiène humaine (désinfection des mains).

© Anne-Sophie Bongain
Ingénieur en Chimie de Formulation, 25 ans dans le développement de produits et la gestion de tiers façonniers de l’industrie de la cosmétique, de la nutrition et de la para-pharmacie (dont 5 années au sein de Nestlé Skin Health).

Fondatrice de NCC, intervenant principalement en Europe et Asie. Elle assure la coordination de l’ensemble des acteurs de la chaîne de développement, incluant la validation de nouvelles formules en conformité avec les législations suisse et européenne. Anne-Sophie Bongain est membre du Cercle Suisse des Administratrices.